Cette photographie montre la vallée de l'Aisne à Rethondes, vallée qui aurait pu être à l'origine du surnom "Duval" attribué à Claude Biju dit Duval (1682-1771) né à proximité.

dimanche 18 janvier 2009

Casimir Antoine BIJU dit "BIJU DUVAL" ou "BIJU dit DUVAL"

Casimir-Antoine BIJU dit DUVAL, ou BIJU DUVAL (°24 mai 1767 Versailles rue de la Chancellerie, par. Saint Louis – 19 juillet 1844 Paris 102 rue de St Louis en L’Ile)


On peut se demander d’où Casimir-Antoine peut bien tenir ses prénoms. Il est probable que le prénom Casimir lui ait été donné en hommage à la marquise de Sassenage, Marie-Françoise Casimire, de l’hôtel de laquelle son grand-père Claude était le concierge. Son autre prénom, Antoine, vient de son parrain Jean-Antoine Princé, valet de chambre de monsieur de Fumeron.

Quand son père Léonard meurt en 1783, Casimir-Antoine n’a que 16 ans ; son frère Honoré-Léonard en a 20. Leur oncle Pierre-Philippe Biju d’Algrès devient alors le tuteur légal des deux orphelins. Avec leur mère Marie-Catherine Dourlent, Casimir et Honoré s’occupent de l’épicerie-mercerie paternelle. Honoré-Léonard va alors rapidement quitter l’épicerie : sans doute avec l’appui de Pierre-Philippe, il trouve en août 1786 un poste d’huissier à cheval au Châtelet de Paris[2] : il partira habiter boulevard du Temple (avec son oncle ?) en 1790. Mais Marie-Catherine meurt à son tour le 6 février 1787.

Casimir reste donc seul à s’occuper de l’épicerie, secondé cependant par son épouse Marie-Gabrielle Durand, fille d’un aubergiste versaillais, avec laquelle il se marie le 16 juillet 1787. Grâce aux dernières réformes de Louis XVI avant la Révolution, il n’a pas à payer les frais de réception à la maîtrise.


Cependant, en octobre 1789, la Révolution oblige le roi, et sa cour, à quitter Versailles pour gagner Paris : Versailles perd son rang de capitale, et se désertifie : or on a vu combien l’épicerie de Léonard Biju fournissait le personnel de la cour… Elle subit de plein fouet ce changement. Casimir songe alors à quitter, lui aussi, la ville. Avant même 1793, il abandonne la rue de la paroisse où il occupait la maison de l’ancien commissaire, pour le 54 rue du Commerce, peut-être rue plus fréquentée ; en 1794-97, il loge 71 rue du Commerce, ayant repris l'ancienne échoppe d'un fabricand de violon, Charles Emile GAND : cette instabilité montre qu’il cherche son trou et que son commerce n’est plus aussi rentable qu’auparavant… Car on ne change pas un commerce qui gagne…

Casimir-Antoine cherche du travail à Paris : or il est plus que probable que Casimir a gardé ses entrées au ministère de la guerre. D'une part, parce que son père y a travaillé de nombreuses années ; d'autre part, parce que son oncle et tuteur, Pierre-Philippe Biju Duval d'Algrès a exercé le métier des armes jusqu'à devenir chevalier de Saint-Louis.
Entre 1799 et 1802, Casimir-Antoine entre donc comme commis au Ministère de la Guerre. Il y avait environ 180 commis à ce ministère en 1794, mais le ministère de la guerre se développe sous Bonaparte et recrute ; pour exercer la charge de commis, il suffit juste d’avoir une belle écriture… et Casimir-Antoine écrit très bien. Il gagne alors un salaire annuel de 2000 livres environ. Quand il terminera sa carrière, en janvier 1831, il touchera 2700 livres mensuelles.

Casimir quitte donc Versailles et s’installe dans le faubourg Saint-Germain, paroisse Saint Séverin, 11 rue Hautefeuille à Paris (La famille Baudelaire, du futur écrivain, loge au n°13). Très vite, dès 1804, il est relogé au n° 5 de la même rue, au 3e étage : le 5 rue Hautefeuille est un ancien bien national vendu à Mme Pigeon ; il s’agit de l’ancien hôtel des abbés de Fécamp, qui a abrité au XVIIe siècle Godin de Sainte-Croix, l’amant de la marquise de Brinvilliers, la célèbre empoisonneuse. Casimir peut alors regarder la rue depuis la petite tourelle en cul-de-lampe de style renaissance… Il restera dans cette demeure jusqu’en 1831 au moins. L'intérieur de l'appartement est simple : une cuisine (donnant sur la rue percée) ; une salle à manger et une chambre à coucher (avec vue sur cour) avec un cabinet à côté d'une alcove. De l'appartement dépend une cave où Casimir-Antoine fait vieillir une soixantaine de bouteilles de vin en permanence...














Dès avant 1813, Casimir-Antoine est nommé commis principal. Il introduit son fils Edouard en 1810 dans le ministère de la guerre, et Edouard devient à son tour commis…
Pour ses services rendus à la monarchie, Casimir-Antoine reçoit sans doute la décoration de l’ordre du lys, et prend sa retraite le 1er janvier 1831 : il quitte alors le 5 rue Hautefeuille pour la rue Saint-André des Arts, n°19, à Paris, où il occupe un appartement de fonction. Il mourra le 19 juillet 1844 au 102 rue de L’Ile-Saint-Louis paroisse Notre-Dame à l’âge de 77 ans.

Le 16 juillet 1787, il avait épousé Marie-Gabrielle Durand (3.1.1769 à Versailles – 3.12.1815 à Paris), fille de Jean-Baptiste Durand aubergiste à Versailles et de Marie-Anne Beaucher, de laquelle il eut :

A1. Casimir-Pierre BIJU DUVAL, né le 6.10.1788 à Versailles, mort en arrière de la Grande Armée le 26 novembre 1812, peu avant le passage de la Bérézina. Il faisait 1,66m, et avait un front ordinaire, un menton rond, des yeux gris, un gros nez, un visage ovale, des cheveux châtains. Il s’engagea volontaire dans le 12e régiment de ligne le 12 septembre 1806 à moins de 18 ans, sans doute enthousiasmé par les premières victoires de Napoléon. Il fut affecté successivement dans le 3e bataillon de la 5e compagnie (24.4.1807), dans le 2e bataillon de la 1e compagnie (1.6.1808), puis encore dans le 2e bataillon de la 4e compagnie (16.6.1808), avant de passer dans l’artillerie le 1er juillet 1809. Nommé caporal le 16 juin 1808, sergent le 1er juillet 1809, il eut la joie de passer dans la Garde impériale, régiment d’élite, le 1.12.1809 (celle-ci comprend alors environ 20 000 soldats d'élite). Redevenu alors chasseur (29.1.1810), il reprit ses galons de caporal (dirigeant une escouade de 10 à 12 hommes) seulement le 11.1.1812 à la 1e compagnie du 2e bataillon des chasseurs à pieds de la vieille garde impériale : l'unité la plus valeureuse et la plus éprouvée. Casimir-Pierre devait être particulièrement valeureux, car la taille minimum admise chez les chasseurs était de 1,73 m, taille qu'il n'avait pas ; l'armée souffrait cependant quelques exceptions pour des hommes... exceptionnels. Il fallait un minimum de 10 ans de service pour entrer au 1er régiment, et 8 pour le second et avoir eu aux cours des combats un comportement irréprochable, être de bonne moralité et savoir lire et écrire. Le port de la Moustache "en crosse de pistolet" était obligatoire, ainsi que celui des pattes ou favoris. La moustache était rasée pendant les quatre mois d'hiver. La Vieille Garde portait les cheveux longs en deux tresses nouées sur la nuque et poudrés de blanc/gris, attachés avec un cordonnet frappé d'une grenade d'argent ou à l'Aigle. Les cheveux poudrés blancs qui viraient au gris ont contribué à son appellation "Vieille" Garde. Chaque soldat de la Vieille Garde portait à chaque oreille un anneau d'or de la taille d'un écu. Les caporaux recevaient 600 francs par mois de solde.



Après avoir fait les campagnes des années 1807 et 1809, Casimir-Pierre prit part à la campagne de Russie : en août 1812, la Garde avait déjà perdu 9000 de ses 37000 hommes. Lors de la bataille de la Moscova, Napoléon refusa de faire donner la Garde, qu’il se réservait. Le 17 novembre, lors de la débâcle, il n’y avait plus que 6000 hommes de la Garde: elle s’opposa à 40 000 Russes qui voulaient exterminer ce qui restait de la Grande Armée : Casimir-Pierre mourut peu après, le 26 novembre, peut-être tué par les Russes sur les bords de la Bérézina.
Son père n’eut plus de ses nouvelles à partir de décembre 1812, et ne parvint pas à en savoir davantage, à l’instar de nombreux pères de famille de l’époque. IL crut son fils décédé aux environs de Wilna, alors qu'il faisait -30°C et que les soldats mouraient de faim en se dépouillant mutuellement pour survivre.

A2. Marie-Gabrielle Antoinette BIJU DUVAL, dite Marie-Antoinette, née le 13.1.1790 à Versailles, morte le 2.2.1830 à Vaugirard.
Elle tient ses prénoms Marie-Gabrielle de sa mère et celui d’Antoinette de son père Antoine. Mais on ne peut s’empêcher de penser à l’audace d’appeler, en plein Versailles, sa fille Marie-Antoinette à une époque où la reine est controversée. Le 5 octobre 1789, en effet, une foule armée, envahissant le château de Versailles, a voulu assassiner la reine. Les émeutiers appelaient la reine « l’Autrichienne », ou « la putain ». La famille royale a alors cédé aux revendications de la foule, en quittant, contrainte, Versailles pour Paris. Casimir-Antoine a sûrement assisté à cette émeute, entendu les cris de mort dirigés contre le reine. Et il n’a pas du apprécier le départ de la famille royale, puisque la prospérité de son commerce dépendait en grande partie des achats du personnel de ladite cour… D’où peut-être cette audace, trois mois après, quand Casimir fait les comptes de son épicerie…
Une prudence quand même de la part de Casimir : sur les registres officiels, il déclare sa fille « Marie-Gabrielle Antoinette » ; dans ses papiers intimes, il écrit « Marie-Antoinette Gabrielle » : l’ordre donc des prénoms employé oralement en famille semble différent de celui de l’état-civil… Est-ce un hasard, ou n’est-ce donc pas véritablement un réel hommage à la reine, maquillé, sur les registres officiels, par une inversion de l’ordre déclaré des prénoms ? Dès 1789, il fallait mesurer ses opinions…

Marie-Gabrielle Antoinette épousa le 22 mai 1813 à Paris un collègue de son père, Louis LAMY, né le 20.11.1789 à Versailles, marchand, puis devenu, ainsi que Casimir-Antoine, commis au Ministère de la guerre. Louis Lamy mourut après 1844, au 113 rue de Grenelle St Germain.… Marie-Gabrielle aura cinq enfants de lui (voir desc. en annexe.) ;

A3. Léonard Sylvestre BIJU dit DUVAL, né le 31.12.1791 à Versailles, mort le 30.3.1792 en nourrice chez Louis Mollié à Boissy sans Avoir, près de Montfort l’Amaury.

A4. Sébastienne BIJU dit DUVAL, née le 29.5.1793 à Versailles, morte le 17.5.1802 à Paris

A5. Edouard BIJU dit DUVAL, né le 20.12.1794, ancêtre commun de tous les Biju-Duval actuels, qui suit en n°1 ;

A6. Justine BIJU DUVAL, née le 7 février 1796, morte le 21.12.1797 à Versailles

A7. Eugène BIJU DUVAL, né le 18.1.1804, mort le 5.2.1811 à Paris 11e

Le 16.1.1817, paroisse Saint Sulpice, Casimir-Antoine se remarie avec Blanche-Aurore Suleau (25.8.1791 Paris - 9.3.1831 Paris), du 60 rue Vaugirard à Paris, fille de André Nicolas-Gabriel, officier, et de Marie-Jeanne Poirier. Blanche-Aurore n’est pas une inconnue : elle fait presque déjà partie de la famille puisqu’elle est la belle-sœur de son fils Edouard, marié à Adèle Suleau. Casimir-Antoine apporte alors en dot la somme de 5000 francs.

Le 19.10.1835 à Paris, il fait un 3e mariage avec Charles-Emilie CAILLET (27.1.1795), fille de Nicolas Valentin Cailliet et de Marie-Adelaïde Laborde. Il apporte encore 5000 francs.

Ces deux remariages resteront sans postérité.

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