Cette photographie montre la vallée de l'Aisne à Rethondes, vallée qui aurait pu être à l'origine du surnom "Duval" attribué à Claude Biju dit Duval (1682-1771) né à proximité.

dimanche 18 janvier 2009

Léonard BIJU dit DUVAL (1723-1781)

A. LÉONARD BIJU dit DUVAL (6 février 1723 Grenoble – 11 octobre 1783 Versailles)
Il est le premier fils de Claude Biju dit Duval et d'Hypolite Gaude.
Né le 6 février 1723, il est baptisé à 4 jours, ce qui est assez tardif pour l'époque où l'on craignait la mort rapide des nourrissons, et témoigne sans doute de sa robustesse.
Par sa mère Hypolite, il est élevé dans la tradition du monde parlementaire grenoblois, avec son frère Pierre (futur Pierre Philippe), ses deux soeurs Marie et Victoire.
La famille suit alors sans doute les déplacements de Charles François deSassenage : en 1725-30, étape à Valence (paroisse de Monteiller puis en janvier 1730 : St Apollinaire de Valence) ; en avril 1730- 1738 : St Sulpice à Paris.

Avant même l'année 1743, la famille Biju dit Duval arrive à Versailles avec la famille du marquis Claude François de Sassenage, qui est nommé menin du Dauphin (brevet du 18 février 1745) puis chevalier d'honneur de la reine (27 avril 1749). Cette année de 1743, Léonard a moins de 30 ans. On ne sait rien de lui dans les années qui suivent immédiatement : quelle fonction exerce-t-il ? Il est probable qu’il est, à l’instar de son père devenu concierge de l'Hôtel du marquis, au service d'une famille de la noblesse de cour. En 1765 -il a alors 42 ans - Léonard est ainsi domestique du Premier Commis au Ministère de la Guerre, Monsieur de Fumeron, rue de la Chancellerie à Versailles. En fait, à cette date, il occupe cette fonction sûrement depuis déjà plusieurs années, puisque le 31 mars 1761, il s’est marié avec la propre cuisinière de M. de Fumeron, Marie-Catherine DOURLENT : preuve qu’il était déjà dans le « milieu » depuis quelques temps au moins[1].

Le poste qu'occupe Jean-François de Fumeron, premier commis au ministère de la guerre à Versailles, est très important dans l’administration versaillaise, puisqu’un « Premier commis » est le premier personnage après le ministre en titre : or les ministres changent, tandis que les Premiers Commis restent en place : ce sont eux qui assurent la continuité des services ministériels. Par l’intermédiaire de M. de Fumeron, Léonard entre dans l’administration versaillaise : en 1763, lors de la naissance de son premier fils, Léonard est, outre sa charge de domestique, « garçon du bureau de la guerre » au service personnel de M. de Fumeron. Il est de ce fait à la base de la hiérarchie au Ministère de la Guerre : chargé de s’occuper de l’intendance du bureau, à savoir porter les plis d’un service à l’autre, vider les corbeilles et approvisionner le bureau en matériel nécessaire (papiers, crayons, encre cire, bougies, bois de chauffage…).
Monsieur de Fumeron, 1er commis à la guerre
 
Léonard Biju parvient cependant à faire ses preuves, puisque M. de Fumeron le nomme son maître d’hôtel dès avant 1767 : cette nouvelle fonction est sans doute favorisée par la bonne éducation de Léonard, dont la mère est issue de la noblesse… En effet, la fonction de maître d’hôtel est très exigeante et demande une grande tenue, dans ce monde aristocratique versaillais où il est nécessaire de sans cesse faire bonne figure.


M. de Fumeron meurt aux alentours de 1775[2] : Léonard doit alors penser à se recycler. Sa fonction de garçon au service de la guerre, puis de maître d’hôtel, l’a mis en contact avec les fournisseurs des bureaux du ministère ou ceux de M. de Fumeron : les épiciers-merciers. Avec les économies qu’il a pu réaliser, Léonard parvient à monter un commerce d’épicerie-mercerie rue de la paroisse, non loin du château de Versailles.. Il lui reste alors à devenir membre de la corporation : cérémonie coûteuse (pas loin de 1000 livres) ! Le 7 juillet 1777, il vend à son beau-frère François DOURLENT les terres que sa femme a reçues en héritage[3] à Fournival en Beauvaisis, son village d’origine[4] : il en obtient immédiatement 300 livres. Ainsi, le 3 décembre 1777, avant d’offrir un repas aux autres membres de la corporation, il est reçu Maître épicier dans la corporation des « épiciers ciriers chandeliers » et prête serment pour en observer les statuts[5].


Son commerce d’épicerie-mercerie se développe alors : il y investit la moitié de sa fortune, qui se monte à 11 305 livres à sa mort en 1783[6]. Pour se fournir, il établit des contacts assez lointains : Monsieur Bonnet négociant à Rouen, Monsieur Grignon de Bonvalet, Monsieur Caroujat à Orléans, etc… Léonard peut ainsi vendre de nombreuses marchandises : côté épicerie, du vermicelle d’Italie, du safran, du tabac, des huiles, du sucre et du café de Martinique, du poivre de la Jamaïque, des épices, de la gomme arabique, de l’alun de Rome, de la noix de Galle, etc… ; côté mercerie des fils, de la soie, des rubans et des galons, des aiguilles, de la poudre à poudrer, des pinceaux de crin, des brosses, etc…


La situation du commerce rue de la paroisse, non loin du château de Versailles, lui permet de fournir une grande partie du personnel de la Cour. Parmi ses clients assidus, on trouve en particulier M.DUBOIS valet de chambre de Monsieur (futur Louis XVIII), la demoiselle DESJARDINS coiffeuse des enfants de France, M. Le GENDRE concierge du château de Trianon, M. BELCOMTE architecte des bâtiments du roi, FIDOUX peintre du cabinet du roi, CHAUDRON cocher chez la reine ; PETIT, cocher chez Monsieur (futur Louis XVIII), DESJARDINS vétéran de la musique du roi, RETÉ maréchal des écuries du roi, etc[7]… On peut encore ici imaginer Léonard Biju fournir des objets utiles pour le roi…


L’inventaire fait après son décès montre que Léonard Biju avait une bibliothèque très modeste de 12 volumes, tous de dévotion, située dans son arrière-boutique : c’est là où il dormait sur un lit modeste avec son épouse ; une cloison de bois séparait cette arrière-boutique d’une cuisine où se trouvaient deux fourneaux et un poêle. La cuisine donnait sur une salle à manger et sur une cour au fond de laquelle était le magasin (entrepôt) de la boutique : là, Léonard remisait ses réserves. Et dans une cave, il entreposait ses huiles pour une valeur de 2600 livres ! Mais on pouvait aussi trouver dans cette cave différentes sortes de ratafias[8]


Après une maladie de plusieurs jours, Léonard mourut le 11 octobre 1783 dans son arrière-boutique de la rue de la paroisse, malgré les efforts de l’apothicaire et du chirurgien appelés à son chevet. Il laissait en vie deux enfants mineurs desquels son frère Pierre, dit Pierre-Philippe BIJU d’ALGRES, devint le tuteur.

Il avait eu de sa femme Marie-Catherine DOURLENS (25 mai 1732 Fournival en Beauvaisis – 6 février 1787 Versailles, paroisse Notre-Dame) :


1.Honoré-Léonard BIJU-DUVAL, né le 11 février 1763 à Versailles, mort le 28 juillet 1814 à Orléans, qui devint par la suite huissier à cheval au Châtelet de Paris, et n'eut pas de descendance connue malgré son mariage à Fontainebleau avec Anne Gaudin le 1.4.1788 ; il s'illustra pendant la Révolution en signant une lettre avec plusieurs futurs députés de Versailles à propos de la politique liée aux assignats.

2.Geneviève-Hypolite BIJU, née le 1er mars 1765 et morte le 11 novembre 1765 à Versailles, paroisse Saint-Louis.

3.Casimir-Antoine BIJU dit DUVAL, né le 24 mai 1767 à Versailles, paroisse Saint Louis, mort le 19 juillet 1844 à Paris, qui suit.

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[1] Nous nous référons ici au contrat de mariage du 21.3.1761 passé à Versailles, 10 jours avant le mariage à l’Eglise, cote aux Arch. des Yvelines : 3E VERS. TESSIER mars 1761. La procuration jointe donnée au frère de Marie-Catherine, explicite le métier de l’épouse de Léonard. A son mariage Léonard n’est pas bien riche : il apporte en douaire seulement 1200 livres, il dispose de 600 livres par ailleurs. Son épouse aussi apporte 600 livres en dot : le couple « démarre » donc avec 2400 livres. Il en aura dix fois plus à la mort de Léonard (sans tenir compte de la dévaluation de la livre).[2] Ici aussi, il faudrait rechercher dans le testament de M. de Fumeron aux archives des Yvelines, pour voir s'il a pensé à Léonard Biju.[3] Héritage reçu devant Me de Gernon notaire au bailliage et comté de Clermont en Beauvaisis résidant à Bulle, le 29 novembre 1776. François Dourlent ne paie que 300 livres sur les 500 dues pour le total de la vente, les 200 autres étant payées le 11 novembre 1779.[4] Arch. Yvelines, 3E VERSAILLES SAVOURÉ, 1777, 7 juillet.[5] Arch. Yvelines, 5E1514. Registre de réception des maîtres épiciers. Recherches Fr. BIJU-DUVAL de juillet 1993.[6] Outre cette somme, Léonard avait investi un capital de 13000 livres pour des rentes annuelles de 688 livres (réduites par l’état à la moitié peu avant sa mort).[7] Tous ces détails sont dans l’inventaire après décès du sieur Léonard Duval des 18 et 19 novembre 1783, Arch. Des Yvelines, 5E VERS. Cote 10688.19.9. Autres personnes mentionnées : Vicq et Cassetta suisses de Monsieur, Tissot garde du corps du comte d’Artois (futur Charles X), Gasot pensionnaire de la reine, Valloix cocher de la reine. Il y avait certainement beaucoup d’autres membres de la cour parmi les clients de Léonard, mais n’ayant pas laissé de dettes au moment de la mort de Léonard en 1783, ils n’ont pas laissé de trace non plus.[8] Voici une liste presque exhaustive des fournitures de la boutique. Épicerie : sucres, café de Martinique, poivre de Jamaïque, cassonade, épices, muscade, girofle, cannelle, émail, indigos, réglisse en bâton, riz, thé, gomme arabique, anis vert, vert de gris, térébenthine, amadou, alun de Rome, colle de poisson, blanc de Scuze, noix de Galle, couperose verte et blanche, soufre, mine de plomb rouge, bougies, safran, vermichel (vermicelles…) d’Italie, amidon, bois d’Inde, graines pour les oiseaux, colle de papier, savon, cire, tabac, gruyère, poix, pruneaux, hanchoix, cornichons, huile de noix, huile d’olive, étain ; côté mercerie : fils en trois, fil à chapelier, fil de Bretagne, soie, rubans divers, galons, aiguilles, épingles, boutons, poudre à poudrer, pinceaux de crin, brosses.

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